Vendredi 15 octobre 2010
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Les évaluations des formations que je dispense ne cessent de m'interpeller !
Au tour de table final comme sur la feuille d'évaluation, les stagiaires soulignent systématiquement un point positif pour moi :
ils ne se sont pas ennuyés. Certains ajoutent même : comme c'est le cas dans beaucoup d'autres
stages.
J'imagine mes consoeurs et confrères en action et me demande comment on peut s'y prendre pour ennuyer les stagiaires : est-ce dû au thème, à la
méthode pédagogique, à la construction du scénario d'apprentissage, à la personnalité même de l'animateur ?
Il est certain que le thème même de la communication, ma spécialité, permet d'utliser un grand nombre de techniques et d'outils, pour varier
les approches et les travaux. Mon caractère aussi, je le pense, est un aout dans l'animation de stages.
Mais quand même...
Pour ennuyer un stagiaire adulte, il suffit de quelques pratiques inadaptées :
1) Méconnaître son public et penser qu'un stagiaire ne connaît rien a priori de ce que vous allez traiter. Or, chacun a un
vécu, une expérience, des pratiques et le formateur doit s'appuyer sur ces pré-acquis. Et plus il est expert, plus il doit tenir compte ce que savent et font déja ses stagiaires.
2) Se comporter en instructeur, c'est-à-dire "faire un cours", délivrer un savoir et un savoir-faire formels sans tenir compte des styles et des
capacités d'apprentissage. Le bourrage de crâne est un frein à l'apprentissage. La découverte, l'échange, les mises en situations et le listage des bonnes pratiques, dans le respect individuel et
collectif, sont des outils nettement plus efficaces.
3) Donner la connaissance puis la faire appliquer par des exercices. C'est l'inverse qu'il faut adopter : l'adulte a besoin de confronter ses
connaissances avec la nouveauté, comparer, faire des liens et en retirer la substantifique moelle par lui-même, en fonction de ses besoins et de ses objectifs. D'abord faire faire, en facilitant la "prise en main" des exercices ; puis
faire dire, pour constater comment le stagiaire s'est approprié l'exercice ; et seulement après,
apporter des compléments d'informations pratiques ou théoriques.
4) Parler davantage que son public. Un formateur a tout à gagner à laisser s'exprimer ses stagiaires. Cela le renseigne sur les attitudes mentales,
le vécu, les opinions. Cela favorise aussi les échanges, les débats. Ces moments socio-cognitifs sont indispensables à la prise de conscience individuelle de sa position et son statut
professionnels et à la valeur de ses idées et de ses actes. Le formateur a donc ici une casquette de médiateur et de régulateur.
Ne pas ennuyer ses stagiaires, c'est à la fois respecter leur vécu, favoriser leur participation et trouver à les surprendre.
Ces caractéristiques rendent le métier de formateur exaltant et toujours renouvelé. Car, en tenant ses stagiaires en éveil, le formateur évite la
monotonie pour lui-même. Et la formation devient un moment partagé de plaisir et de richesse.