J'interviens de deux manières : pour le personnel d'une entreprise (c'est
l'intra) et dans les locaux d'organismes de formation, qui accueillent un public venant de tous horizons (c'est l'inter).
Chaque public possède des caractéristiques propres, qui ont un impact sur le déruolement de la formation : en effet, le même programme et le même scénario pédagogique (ordre des étapes de la
formation) peuvent se dérouler complètement différemment "en" ou "hors" entreprise.
Public « intra »
En général, le public "intra" est très exigeant
quant à l'adéquation de la formation à ses besoins professionnels propres. Il est également souvent plus prompt à
critiquer, voire à contester la formation. Cela n'a rien à voir avec les motivations des uns et des autres : c'est une question de lieu et d’identité
professionnelle ! Le formateur se déplace dans une entreprise et on attend de lui qu’il se conforme à la culture de cette entreprise. Les stagiaires appartiennent au même monde, se connaissent
tous et forment le plus souvent un groupe homogène : ils font corps. Ils le font
d’autant plus que la formation est en général prévue pour une même catégorie (par exemple agents de maîtrise) ou une même fonction (secrétaires).
Cette situation peut être inconfortable, mais elle possède un avantage non négligeable pour le
formateur : les évaluations des stagiaires
sont structurées, circonstanciées, très analytiques. La notion de "service"
est ici primordiale.
Néanmoins, pour les stagiaires, il manque, à mon sens, une dimension d’ouverture à d’autres mondes, d’autres fonctionnements,
d’autres expériences.
Public « inter »
Le public "inter" est, par nature, très diversifié : il vient d'associations, de PME/PMI ou de grands groupes ; il évolue dans tous
les domaines des trois grands secteurs d’activités : primaire (agro-alimentaire), secondaire (industrie et bâtiment) et tertiaire (commerce et services) ; il occupe des fonctions aussi aussi multiples que parfois mal définies (notamment chez les secrétaires).
L’hétérogénéité de ce public est source de richesse
dans le vécu et l'expérience individuels, car l’environnement et les problématiques de travail sont uniques pour chacun des stagiaires. Les phases socio-cognitives (1) sont
nettement plus intenses et longues qu’en intra et les mutualisations (2) plus accentuées.
Les stagiaires ne se connaissent pas. Le regard de l’autre peut être un facteur bloquant
l’expression. Ainsi, les attentes et besoins ne sont pas toujours exprimés franchement et demandent parfois à être explicités lors de leur formalisation et réajustés durant le déroulement de la
formation.
Le rôle même du formateur reste imprécis pour beaucoup de stagiaires : ils abordent
généralement leur formation comme un cours magistral donné par un professeur et non comme un « plus » dans leur vécu professionnel.
Ma première attention est de donner de la cohésion au groupe pour le mobiliser vers les objectifs.
Les évaluations
sont quasiment toujours axées sur l’atmosphère de la formation
et sur les facultés relationnelles du formateur. C’est
flatteur, mais insuffisant pour jauger de l’atteinte des objectifs. C’est pourquoi je veille à réactiver régulièrement le niveau des connaissances et des pratiques pour ancrer les acquis et
décrypter les évaluations.
Les points communs
- un accueil personnalisé et cordial
- des présentations ludiques et valorisantes
Tant en « inter » qu’en « intra », ces phases permettent à chaque stagiaire de trouver sa
place et de repérer celle des autres. Pour moi, c’est une visualisation des personnalités instinctives et de la facilité à communiquer.
- l’énoncé des objectifs de formation
- le recueil des attentes et des besoins de chacun
- la contractualisation des règles de fonctionnement du groupe
Ces points cadrent les conditions de travail
tout en permettant l’appropriation par chaque stagiaire du programme et du contenu de la formation.
La connaissance de ces publics est un facteur déterminant pour le déroulement de la formation, car cela m'incite
à rester vigilante, à fuir la routine, à utiliser des outils et des méthodes appropriés, pour rendre mes interventions vivantes et efficaces et m’adapter à chaque contexte.
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(1) on parle en l’occurrence de « conflit socio-cognitif » : Le stagiaire prend conscience de sa propre pensée et de son propre fonctionnement par rapport à ceux des autres, ce qui l’amène à reconsidérer à la fois ses propres
représentations et celles des autres pour construire un nouveau savoir.
(2) C'est la mise en commun des travaux donnant lieu à une synthèse