Je suis titulaire d'un titre AFPA :
"Formateur Professionnel d'Adultes" (FPA en bon jargon afpaïen).
Le titre FPA est composé de 3 modules :
- ingénierie de formation
- relation pédagogique et gestion d'un groupe
- accompagnement
Lorsque j'ai obtenu mon titre, en 2001, chaque module était officiellement noté séparément et comprenait des épreuves concrètes :
- pour l'ingénierie : réponse à un appel d'offres + argumentation devant deux spécialistes de l'ingénierie
- pour la relation pédagogique : montage et animation d'une séquence de formation d'une heure devant un binôme d'animateurs (jury encore différent)
- pour l'accompagnement : étude de cas, résolution et présentation devant un troisième binôme de professionnels
Depuis, le monde de la formation a bougé et les épreuves ont changé.
Désormais, pour valider leur titre, les stagiaires doivent, d'une part, constituer un dossier comprenant toute une production écrite : synthèses, rapports de stage, dossiers EFA (*), dossier
officiel de pratique professionnelle, etc. et, d'autre part, avoir un entretien avec un "jury-titre", seul habilité à valider le cursus.
Chacun des trois modules donne lieu à délivrance d'un CCP (Certificat de Compétence Professionnelle).
Le jury-titre dispose d'une séance de 2 heures par candidat (30 mn pour lire et "assimiler" le dossier + 1 h 1/2 d'entretien avec le stagiaire). A ce stade terminal du cursus, le jury est
souverain et le formateur référent n'a pas le droit de lui donner une quelconque information sur les stagiaires. Seuls le dossier et l'entretien sont les bases de sa décision.
Cela signifie que le jury-titre a tout pouvoir. Il peut, malgré des EFA positives, considérer que l'entretien est négatif. Il peut aussi, à l'opposé, trouver
l'entretien pertinent malgré des EFA moyennes ou négatives. Il peut même accorder un, deux ou les trois CCP tout en refusant le titre. A chaque fois, le stagiaire devra repasser le CCP concerné
par le refus et, pour le titre, se soumettre à toute épreuve décidée par le Jury.
Quelle que soit la configuration, c'est une très lourde responsabilité. Lorsque je suis jurée, j'ai toujours en tête le souci de me demander QUI je suis pour pouvoir évaluer un confrère ou une
consoeur sans le/la voir en situation concrète de travail. Je me méfie comme la peste du "pouvoir absolu" dont je dispose.
Certaines personnes sont stressées, intimidées, voire statufiées lors de l'entretien. Malgré les propos en général rassurants des jurés, ils appréhendent cette épreuve car l'enjeu est de taille :
avoir le titre ou pas. Comme ils savent que, malgré un parcours de 9 mois d'intense formation, ils peuvent échouer en 1 heure et demie, la pression est énorme.
A contrario, un brillant orateur peut valoriser un dossier moyen et des EFA négatives ou insuffisantes avec des arguments aussi variés qu'impossibles à
vérifier...
La seule piste qui s'offre à moi est donc de pratiquer, lors de l'entretien, une réelle écoute active. Je dois surtout
choisir et soigner mon questionnement pour vérifier bien sûr les savoirs formels, mais surtout la capacité du candidat à revivre sa formation, ses stages, son expérience et en exposer
l'analyse de manière pertinente, cohérente et concrète, tout en sachant montrer son ressenti et l'adéquation de sa personnalité avec les spécificités de la formation d'adultes.
J'ai eu un vrai cas de conscience, partagé avec
ma consoeur jurée : un stagiaire dont le dossier était très positif a été dans l'impossibilité de prouver à l'oral le bien-fondé de ses choix et, surtout, de développer une analyse de pratique
fluide et cohérente.
A chaque question que nous lui posions, qui ne contenait aucun piège, il
se noyait dans ses réponses, s'éparpillait dans des considérations théoriques doublées de digressions et de périphrases infinies et montrait une incapacité manifeste à être
crédible.
Il y avait un décalage énorme entre son dossier et son oral. Sur quoi se baser pour accorder ou non un, deux ou trois certificats... et le titre ?
Après de longs échanges, une délibération mouvementée, ma consoeur et moi sommes tombées d'accord sur la nécessité d'imposer à ce stagiaire une épreuve supplémentaire : animer devant nous une
vraie séance de formation.
Ce fut fait le lendemain. Pris complètement à froid, sans avoir vraiment le temps de se retourner, le stagiaire a pourtant
réagi très positivement, a préparé sa prestation et nous a offert ce que nous attendions : une heyre d'animation dans les règles de l'art, prouvant ainsi concrètement sa capacité à gérer un
groupe, un contenu, des méthodes et techniques.
Lors de l'annonce des résultats, il était liquéfié, persuadé de son échec. J'ai tenu ensuite à l'entretenir des péripéties de son évaluation et à
lui expliquer les raisons de cette épreuve supplémentaire : nous ne souhaitons jamais mettre un stagiaire en difficulté, mais nous voulons absolument qu'un titre professionnel, comme celui de
Formateur Professionnel d'Adultes, soit délivré en toute connaissance de cause. Il y va de l'intérêt des futurs stagiaires.
La formation est un métier d'humilité, de passion, d'engagement, d'humanisme, de capacité à se remettre en question. Si je décèle cela lors de
l'entretien, je crois que j'exerce alors correctement mon rôle de jurée.
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(*) EFA = Evaluation de Fin de Module. Cette évaluation est effectuée par le formateur du stagiaire, mais ne donne lieu à aucune validation officielle.